… Sébastien Bertarnd redécouvre le pays du « ventre de sa mère »… adopté en France, «il a quitté le Liban dans un landau pour n’y revenir qu’à 35 ans »
Hier, dans la crypte de l’USJ, s’est joué en avant-première le spectacle de Sébastien Bertrand accordéoniste du groupe de musique maraîchines Sloï (soleil en parler vendéen), et du comédien et conteur Yannick Jaulin. Le spectacle encore en cours d’écriture et de mise au point a eu lieu à titre d’essai, presque « échographique », a dit Yannick Jaulin dans le cadre du Festival du conte. Yannick et Bertrand ont fait le récit de cette aventure créative émouvante. L’histoire remonte à Mars 2008, lors du dernier Festival du conte, rendez-vous désormais très attendu. Sébastien y avait été invité en temps que musicien. Accordéoniste de talent et danseur, il connait la scène. Son expérience au Liban va chambouler sa vie, réveillant ses origines. Sa toute première racine est libanaise. Il a grandi dans le ventre d’une mère-fille libanaise qui a, bien obligeamment pour l’époque et les mentalités, été contrainte de confier son nourrisson à l’orphelinat Saint Vincent de Paul. Adopté à 9 mois par des parents français et vendéens, Sébastien quitte le Liban dans un landau et n’y revient qu’à 35 ans, dans le cadre du festival du conte. C’est lors de sa visite à l’orphelinat qu’est né son besoin d’explorer cette part obscure de lui-même. « Je me suis toujours protégé du noir » dit-il avant que sa visite au Liban ne le révèle à son besoin d’«aller là où il fait noir». Son enfance baigne dans l’amour. Adopté et aimé instantanément pour « ces deux petits yeux ronds », Sébastien ne sait pas en arrivant 35 ans plus tard, que le Liban allait le pousser plus loin dans ses limites. Dans sa peur de l’inconnu « génétique » de sa vie. Yannick, également présent lors du festival de 2008 et témoin de la rencontre de Sébastien avec le pays du « ventre de sa mère » et l’orphelinat en sera ému au point de vouloir en faire le récit. Ami depuis quinze ans avec cet accordéoniste dans la pure tradition des musiques vendéenne, Yannick se lance dans le projet d’écrire l’expérience de Sébastien pris entre les marées de Vendée et du Liban, comme on sort des marécages insoupçonnés de soi-même. Ce spectacle basé sur le récit autobiographique de la « collecte » du passé de Vincent nous a surpris par son émotion, son authenticité, et le contraste entre la gravité du récit et le rythme enjoué d’une musique vendéenne entre bourrée et musette. Une musique qui nous rappelle cette « Douce France » - on dirait un pan de photos en noir et blanc, qui puise son répertoire dans le Truffaut des « 400 coups » et dans les timbres mélancoliques d’une Piaf - avec un air d’une quête heureuse. De la part manquante d’un adulte ayant été « cultivé » par l’amour de ses parents adoptifs, et parti à la recherche de ses racines. L’histoire d’un enfant aux cheveux frisottants, un « gars-pas-de-chez-nous » dit le texte de Jaulin humoriste quand il s’agit mettre en exergue le métissage. L’histoire d’un homme qui, aussitôt le sol libanais foulé, sut qu’il allait avoir un devoir de loyauté envers ses origines. On ressort du spectacle, touché par un Sébastien Bertrand, musicien de formation et explorant - presque en interaction avec le public- l’art du conte. Son conte. On en ressort « debout grâce à l’amour».
Affaire à suivre lors du festival d’Avignon en Juillet 2009, durant lequel le spectacle se jouera dans sa version définitive et en voix off. Yannick Jaulin participera également à la représentation de Forêts de Wajdi Mouawad, invité d’honneur du festival d’Avignon. On ne peut qu’espérer le retour au Liban de ce spectacle, pas encore finalisé mais prometteur, lors de la prochaine édition du festival du conte du Théatre Monnot.